Ecole Nationale Supérieure d'Hydraulique - ENSH Blida
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5ème Forum Mondial de l'Eau - C.M.E - Istambul (1 - 22 Mars 2009)

CEREMONIE D'OUVERTURE

 

Intervention de M. Loïc FAUCHON

Président du Conseil Mondial de l’Eau

 

« Seul le prononcé fait foi »

 

Monsieur le Président de la République, Excellences, Chefs d’Etat, Chefs de Gouvernement,

 

Mesdames et Messieurs les Ministres,

 

Mesdames et Messieurs, Chers Amis de Turquie et d’ailleurs.

 

Au moment d’ouvrir ce 5e Forum Mondial de l’Eau, permettez-moi Monsieur le Maire Kadir Topbas, Monsieur le Ministre Veysel Eroglu, Monsieur le Président de la République, de vous dire au nom de tous les participants, notre plaisir d’être à Istanbul durant cette semaine.

 

Laissez-moi vous remercier les uns et les autres, remercier tous ceux qui ont pris part à l’organisation de ce Forum. Et surtout remercier le peuple de Turquie et tout particulièrement les habitants d’Istanbul, pour leur hospitalité chaleureuse et leur merveilleux sens de l’accueil.

 

Nous sommes particulièrement sensibles à cette association permanente de compétence et de gentillesse, si caractéristique de l’âme turque. Elle contribuera aussi à faire de ce forum un grand succès au service de la cause de l’eau dans le monde.

 

Chers amis, participants à ce 5e Forum, venus de plus de 180 pays, bienvenue dans ces enceintes de Sütluce et de Feshane.

 

Nous sommes ici pour faire entendre la voix de tous ceux qui veulent relever le défi d’un monde où l’Homme vivra enfin en harmonie avec la nature. Harmonie avec l’air que nous respirons, harmonie avec l’énergie que nous créons, harmonie avec l’eau que nous buvons.

 

Tous ici, nous savons que la route de l’accès à l’eau, est encore longue. Mais c’est notre devoir et notre honneur de dialoguer, d’écouter, de nous rassembler pour y parvenir.

 

Le monde évolue rapidement, parfois même brutalement, et l’eau souffre de ces changements.

  • Pourtant il nous faut chaque jour plus d’eau pour produire l’alimentation d’un milliard d’habitants supplémentaires tous les dix ans.

  • Il nous faut chaque jour plus d’eau pour produire l’énergie nécessaire au développement.

  • Il nous faut chaque jour une eau de meilleure qualité pour désamorcer les bombes sanitaires créées par l’absence ou l’insuffisance d’assainissement de nombreuses mégacités.

  • Il nous faut chaque jour aussi protéger l’eau pour le respect de la biodiversité et des écosystèmes.

 

Car nous sommes responsables.

Responsables des agressions commises contre l’eau, responsables de ces évolutions du climat qui viennent s’ajouter aux changements globaux, responsables des tensions qui réduisent la disponibilité des masses d’eau douce, indispensables à la survie de l’humanité.

 

A cet instant de l’histoire de l’eau, nous nous trouvons confrontés à un défi majeur : utiliser plus de ressources en eau et en même temps les protéger, les valoriser, les conserver et même les réutiliser.

Ce n’est plus seulement entre les hommes qu’il faut répartir les usages de l’eau. C’est entre les hommes et la nature qu’il faut établir un partage harmonieux, mais rigoureux.

 

Partage difficile. Oui, mais responsabilité exaltante qui rassemble la famille de l’eau dans ce formidable creuset que sont les Forums Mondiaux de l’Eau.

 

Immense responsabilité pour nous, pour vous responsables politiques, décideurs internationaux qui savez maintenant que l’avenir de l’eau ne repose plus seulement sur des progrès technologiques, mais aussi et surtout sur des engagements politiques.

L’eau est aujourd’hui au centre du débat politique et votre présence, Monsieur le Président de la République, Excellences, Chefs d’Etat et de Gouvernement, Ministres qui composez près de 140 délégations ministérielles, votre présence parmi nous aujourd’hui à Istanbul, marque bien la place de plus en plus importante faite à l’eau, dans l’agenda planétaire.

 

L’eau a besoin de votre attention, elle a aussi besoin de votre respect et de votre soutien. Le Conseil Mondial de l’Eau, c’est sa raison d’être, est là pour le rappeler à chaque instant.

 

C’est pour cela que longtemps encore, vous serez sollicités pour accroître le volume des ressources en eau nécessaires à la croissance mondiale.

 

Longtemps encore, les fleuves, les lacs, les nappes souterraines seront mis un peu plus à contribution pour étancher la soif toujours plus grande de la planète.

Longtemps encore nous aurons à stocker l’eau, à la pomper, à la transférer, à la dessaler, à la recycler, grâce aux progrès technologiques que le génie de l’homme nous apporte et que nous devons plus que jamais encourager.

 

Mais accroître indéfiniment l’offre en eau coûte cher, beaucoup plus cher aujourd’hui dans un contexte d’évolution climatique et de crise financière.

Accroître l’offre met en péril le milieu naturel quand l’homme confond la réponse aux besoins essentiels et  le pillage des richesses hydrologiques.

 

Nos comportements sont de plus en plus déraisonnables et inconséquents. Pouvons-nous demander longtemps encore à la puissance publique de satisfaire à la demande en eau, en créant toujours plus d’équipements et d’infrastructures ? Cessons de dépenser toujours plus d’argent pour produire de l’eau que nous gaspillons.

 

Oui chers amis, nous devons admettre que le temps de l’eau facile est révolu.

 

Finies les consommations extravagantes quand il faut des tarifications sociales pour protéger les plus pauvres.

Finies les fuites jamais réparées quand il y a des pénuries inacceptables.

 

Le temps est venu de prendre en compte le principe de l’eau virtuelle pour réduire notre empreinte hydrologique.

 

C’est ainsi, en changeant notre regard sur l’eau, en changeant notre rapport avec l’eau, c’est ainsi seulement que l’homme redeviendra l’ami de l’eau.

 

Ici, dans cette belle ville d’Istanbul, toute la semaine, nous avons l’obligation, je dirais même le devoir, de « jeter des ponts sur l’eau », « bridging divides for water», « farkliliklarin suda birlesmesi ». Ces ponts, tous ces ponts, ce sont autant de solutions, durables, utiles, solidaires, que les oubliés de l’eau espèrent depuis trop longtemps déjà.

 

Le Bosphore est large, et ces ponts sont difficiles à construire, me direz-vous. C’est vrai. Mais cette ville, berceau de nos histoires, point de rencontres de tant de civilisations, nous montre l’exemple à suivre. Pas seulement parce que les ponts y unissent deux continents, et tant de peuples, de cultures, de religions. Mais surtout parce que la Turquie, grande Nation de l’eau, nous dit combien l’humanité est forte lorsqu’elle met son savoir au service des causes les plus justes.

 

Oui Mesdames et Messieurs, Chers Amis, ensemble, passons par-dessus les précipices de l’ignorance, de l’injustice, de la pauvreté, ensemble rapprochons les rives du savoir, les rives du droit, les rives de l’argent, les rives de la gouvernance.

 

Edifions le pont du droit tout simplement parce que c’est le droit à la dignité, et que la dignité n’est pas négociable.

Cela signifie : instauration du droit à l’eau et à l’assainissement dans la législation de tous les pays. Allocations d’eau minimales pour les plus démunis, raccordement aux réseaux pour les populations des quartiers informels, création obligatoire de points d’eau et de sanitaires dans tous les bâtiments publics  et en priorité dans les écoles.

 

Engageons-nous ! Sans attendre.

 

Etablissons le pont du savoir pour une mutualisation généralisée de la connaissance pour l’eau. Cela signifie : utilisation de technologies adaptées. Parce qu’un savoir adapté, c’est un savoir que l’on s’est approprié.

Cela signifie : création d’écoles, au Nord comme au Sud,  à l’Est comme à l’Ouest, pour former les techniciens et les managers nécessaires aux services publics de l’eau et de l’assainissement. Plusieurs universités de la maintenance ont été créées à notre appel depuis le Forum de Mexico. Il en reste encore des dizaines à bâtir.

 

Faisons- le ! Engageons-nous ! Sans attendre.

 

Franchissons le pont pour apporter l’argent indispensable à l’eau et à l’assainissement.

Cela signifie : annulation de dettes et réaffectation prioritaire au financement des infrastructures de l’eau, mise en place d’une facilité pour payer l’énergie nécessaire à l’eau des régions les plus pauvres, moratoire sur l’accroissement du prix de l’énergie pour l’eau, ou création d’un gas-oil vert, ou encore instauration d’une taxe sur les recettes du pétrole.

Innovons en matière de financements, donnons leur une légitimité locale, à travers la micro-finance et une réalité solidaire venue de la coopération décentralisée.

Engageons-nous ! Sans attendre.

 

Renforçons le pont de la gouvernance, parce que l’eau a besoin d’institutions légitimes.

Cela signifie : répartition harmonieuse des rôles entre gouvernements, parlements, organismes de bassin et collectivités locales, obligation de concertation pour rapprocher le citoyen de l’eau, et pour faciliter la transparence et la compétence.

 

Tout cela est prêt. Tous les acteurs sont d’ailleurs présents ici à Istanbul, pour le mettre en oeuvre. Les parlementaires par centaines qui vont créer un Centre d’Aide pour renforcer le partage d’expériences au service de l’action législative immédiate. Les maires et élus locaux si nombreux pour s’engager dans une gestion plus efficace à travers le Pacte de l’Eau d’Istanbul.

Et ces milliers de professionnels, d’ONG et de représentants de la société civile, qui viennent nous faire partager leur expérience du terrain.

Tous, ils se sont déjà engagés.

 

Rejoignons-les ! Sans attendre.

 

Et encore tant de ponts à traverser, celui des bassins transfrontaliers pour faire la paix de l’eau et renforcer les coopérations, celui pour l’assainissement pour faire reculer les maladies et la souffrance, celui avec l’énergie, passage obligé vers l’accès à l’eau.

 

Oui, couvrons la planète de ponts pour l’eau. Jetons en encore et encore pour relier les rives d’un fleuve où viendront boire les générations à venir. Bâtissons ces ponts avec tolérance et intelligence.  C’est vrai. Il faut du temps. Prenons-le.

Mais engageons-nous. Sans attendre.

Devenons des usagers hydro responsables et des citoyens  éco vigilants.

En jetant ces ponts là, nous rapprochons les idées, nous rapprochons les hommes et les capacités pour édifier la maison de l’eau dans la tolérance et la solidarité.

Merci à vous Excellences d’être venus apporter votre soutien à l’action du Conseil Mondial de l’Eau. Merci encore à nos amis turcs, merci pour leur accueil, merci pour leur hospitalité, merci pour leur compétence. Merci à vous Monsieur Le Président Gül, Monsieur le Ministre Eroglu, Monsieur le Maire Topbas. Au nom de tous les participants, nous vous disons notre respect et notre gratitude. Que la prospérité, que la paix soient sur Istanbul, sur votre pays et sur le peuple turc.

 

VIVE LA TURQUIE ET BON FORUM A TOUS.