|
CEREMONIE D'OUVERTURE
Intervention de M. Loïc FAUCHON
Président du Conseil Mondial de l’Eau
« Seul le prononcé fait foi »
Monsieur le Président de
la République, Excellences, Chefs d’Etat, Chefs de
Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs, Chers Amis de Turquie et
d’ailleurs.
Au moment d’ouvrir ce 5e Forum Mondial
de l’Eau, permettez-moi Monsieur le Maire Kadir Topbas, Monsieur le
Ministre Veysel Eroglu, Monsieur le Président de la République, de
vous dire au nom de tous les participants, notre plaisir d’être à
Istanbul durant cette semaine.
Laissez-moi vous remercier les uns et les autres,
remercier tous ceux qui ont pris part à l’organisation de ce Forum.
Et surtout remercier le peuple de Turquie et tout particulièrement
les habitants d’Istanbul, pour leur hospitalité chaleureuse et leur
merveilleux sens de l’accueil.
Nous sommes particulièrement sensibles à cette
association permanente de compétence et de gentillesse, si
caractéristique de l’âme turque. Elle contribuera aussi à faire de
ce forum un grand succès au service de la cause de l’eau dans le
monde.
Chers amis, participants à ce 5e
Forum, venus de plus de 180 pays, bienvenue dans ces enceintes de
Sütluce et de Feshane.
Nous sommes ici pour faire entendre la voix de
tous ceux qui veulent relever le défi d’un monde où l’Homme vivra
enfin en harmonie avec la nature. Harmonie avec l’air que nous
respirons, harmonie avec l’énergie que nous créons, harmonie avec
l’eau que nous buvons.
Tous ici, nous savons que la route de l’accès à
l’eau, est encore longue. Mais c’est notre devoir et notre honneur
de dialoguer, d’écouter, de nous rassembler pour y parvenir.
Le monde évolue rapidement, parfois même
brutalement, et l’eau souffre de ces changements.
-
Il nous faut chaque jour
plus d’eau pour produire l’énergie nécessaire au développement.
-
Il nous faut chaque jour
une eau de meilleure qualité pour désamorcer les bombes sanitaires
créées par l’absence ou l’insuffisance d’assainissement de
nombreuses mégacités.
-
Il nous faut chaque jour
aussi protéger l’eau pour le respect de la biodiversité et des
écosystèmes.
Car nous sommes responsables.
Responsables des agressions commises contre
l’eau, responsables de ces évolutions du climat qui viennent
s’ajouter aux changements globaux, responsables des tensions qui
réduisent la disponibilité des masses d’eau douce, indispensables à
la survie de l’humanité.
A cet instant de
l’histoire de l’eau, nous nous trouvons confrontés à un défi majeur :
utiliser plus de ressources en eau et en même temps les protéger,
les valoriser, les conserver et même les réutiliser.
Ce n’est plus seulement entre les hommes qu’il
faut répartir les usages de l’eau. C’est entre les hommes et la
nature qu’il faut établir un partage harmonieux, mais rigoureux.
Partage difficile. Oui, mais responsabilité
exaltante qui rassemble la famille de l’eau dans ce formidable
creuset que sont les Forums Mondiaux de l’Eau.
Immense responsabilité pour nous, pour vous
responsables politiques, décideurs internationaux qui savez
maintenant que l’avenir de l’eau ne repose plus seulement sur des
progrès technologiques, mais aussi et surtout sur des engagements
politiques.
L’eau est aujourd’hui au centre du débat
politique et votre présence, Monsieur le Président de
la République, Excellences, Chefs d’Etat et de Gouvernement, Ministres qui composez
près de 140 délégations ministérielles, votre présence parmi nous
aujourd’hui à Istanbul, marque bien la place de plus en plus
importante faite à l’eau, dans l’agenda planétaire.
L’eau a besoin de votre attention, elle a aussi
besoin de votre respect et de votre soutien. Le Conseil Mondial de
l’Eau, c’est sa raison d’être, est là pour le rappeler à chaque
instant.
C’est pour cela que longtemps encore, vous serez
sollicités pour accroître le volume des ressources en eau
nécessaires à la croissance mondiale.
Longtemps encore, les
fleuves, les lacs, les nappes souterraines seront mis un peu plus à
contribution pour étancher la soif toujours plus grande de la
planète.
Longtemps encore nous aurons à stocker l’eau, à
la pomper, à la transférer, à la dessaler, à la recycler, grâce aux
progrès technologiques que le génie de l’homme nous apporte et que
nous devons plus que jamais encourager.
Mais accroître indéfiniment l’offre en eau coûte
cher, beaucoup plus cher aujourd’hui dans un contexte d’évolution
climatique et de crise financière.
Accroître l’offre met en péril le milieu naturel
quand l’homme confond la réponse aux besoins essentiels et
le pillage des richesses
hydrologiques.
Nos comportements sont de plus en plus
déraisonnables et inconséquents. Pouvons-nous demander longtemps
encore à la puissance publique de satisfaire à la demande en eau, en
créant toujours plus d’équipements et d’infrastructures ? Cessons de
dépenser toujours plus d’argent
pour produire de l’eau que nous gaspillons.
Oui chers amis, nous devons admettre que le temps
de l’eau facile est révolu.
Finies les consommations extravagantes quand il
faut des tarifications sociales pour protéger les plus pauvres.
Finies les fuites jamais réparées quand il y a
des pénuries inacceptables.
Le temps est venu de prendre en compte le
principe de l’eau virtuelle pour réduire notre empreinte
hydrologique.
C’est ainsi, en changeant notre regard sur l’eau,
en changeant notre rapport avec l’eau, c’est ainsi seulement que
l’homme redeviendra l’ami de l’eau.
Ici, dans cette belle ville d’Istanbul, toute la
semaine, nous avons l’obligation, je dirais même le devoir, de
« jeter des ponts sur l’eau », « bridging divides for water», « farkliliklarin
suda birlesmesi ». Ces ponts, tous ces ponts, ce sont autant de
solutions, durables, utiles, solidaires, que les oubliés de l’eau
espèrent depuis trop longtemps déjà.
Le Bosphore est large, et ces ponts sont
difficiles à construire, me direz-vous. C’est vrai. Mais cette
ville, berceau de nos histoires, point de rencontres de tant de
civilisations, nous montre l’exemple à suivre. Pas seulement parce
que les ponts y unissent deux continents, et tant de peuples, de
cultures, de religions. Mais surtout parce que la Turquie, grande Nation de l’eau, nous dit
combien l’humanité est forte lorsqu’elle met son savoir au service
des causes les plus justes.
Oui Mesdames et Messieurs, Chers Amis, ensemble,
passons par-dessus les précipices de l’ignorance, de l’injustice, de
la pauvreté, ensemble rapprochons les rives du savoir, les rives du
droit, les rives de l’argent, les rives de la gouvernance.
Edifions le pont du droit tout simplement parce
que c’est le droit à la dignité, et que la dignité n’est pas
négociable.
Cela signifie : instauration du droit à l’eau et
à l’assainissement dans la législation de tous les pays. Allocations
d’eau minimales pour les plus démunis, raccordement aux réseaux pour
les populations des quartiers informels, création obligatoire de
points d’eau et de sanitaires dans tous les bâtiments publics
et en priorité dans les
écoles.
Engageons-nous ! Sans attendre.
Etablissons le pont du
savoir pour une mutualisation généralisée de la connaissance pour
l’eau. Cela signifie : utilisation de technologies adaptées. Parce
qu’un savoir adapté, c’est un savoir que l’on s’est approprié.
Cela signifie : création d’écoles, au Nord comme
au Sud, à l’Est comme à
l’Ouest, pour former les techniciens et les managers nécessaires aux
services publics de l’eau et de l’assainissement. Plusieurs
universités de la maintenance ont été créées à notre appel depuis le
Forum de Mexico. Il en reste encore des dizaines à bâtir.
Faisons- le ! Engageons-nous ! Sans attendre.
Franchissons le pont pour apporter l’argent
indispensable à l’eau et à l’assainissement.
Cela signifie : annulation de dettes et
réaffectation prioritaire au financement des infrastructures de
l’eau, mise en place d’une facilité pour payer l’énergie nécessaire
à l’eau des régions les plus pauvres, moratoire sur l’accroissement
du prix de l’énergie pour l’eau, ou création d’un gas-oil vert, ou
encore instauration d’une taxe sur les recettes du pétrole.
Innovons en matière de financements, donnons leur
une légitimité locale, à travers la micro-finance et une réalité
solidaire venue de la coopération décentralisée.
Engageons-nous ! Sans attendre.
Renforçons le pont de la gouvernance, parce que
l’eau a besoin d’institutions légitimes.
Cela signifie : répartition harmonieuse des rôles
entre gouvernements, parlements, organismes de bassin et
collectivités locales, obligation de concertation pour rapprocher le
citoyen de l’eau, et pour faciliter la transparence et la
compétence.
Tout cela est prêt. Tous les acteurs sont
d’ailleurs présents ici à Istanbul, pour le mettre en oeuvre. Les
parlementaires par centaines qui vont créer un Centre d’Aide pour
renforcer le partage d’expériences au service de l’action
législative immédiate. Les maires et élus locaux si nombreux pour
s’engager dans une gestion plus efficace à travers le Pacte de l’Eau
d’Istanbul.
Et ces milliers de professionnels, d’ONG et de
représentants de la société civile, qui viennent nous faire partager
leur expérience du terrain.
Tous, ils se sont déjà engagés.
Rejoignons-les ! Sans attendre.
Et encore tant de ponts à traverser, celui des
bassins transfrontaliers pour faire la paix de l’eau et
renforcer les coopérations, celui pour l’assainissement pour faire
reculer les maladies et la souffrance, celui avec l’énergie, passage
obligé vers l’accès à l’eau.
Oui, couvrons la planète de ponts pour l’eau.
Jetons en encore et encore pour relier les rives d’un fleuve où
viendront boire les générations à venir. Bâtissons ces ponts avec
tolérance et intelligence. C’est
vrai. Il faut du temps. Prenons-le.
Mais engageons-nous. Sans attendre.
Devenons des usagers hydro responsables et des
citoyens éco vigilants.
En jetant ces ponts là, nous rapprochons les
idées, nous rapprochons les hommes et les capacités pour édifier la
maison de l’eau dans la tolérance et la solidarité.
Merci à vous Excellences
d’être venus apporter votre soutien à l’action du Conseil Mondial de
l’Eau. Merci encore à nos amis turcs, merci pour leur accueil, merci
pour leur hospitalité, merci pour leur compétence. Merci à vous
Monsieur Le Président
Gül, Monsieur le Ministre Eroglu, Monsieur le Maire Topbas. Au nom
de tous les participants, nous vous disons notre respect et notre
gratitude. Que la prospérité, que la paix soient sur Istanbul, sur
votre pays et sur le peuple turc.
VIVE
LA TURQUIE ET BON FORUM
A TOUS. |