el watan - Alger : Remplacement de la langue française Les appréhensions des universitaires

Jeudi, 11 Juillet 2019

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La déclaration du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Tayeb Bouzid, au sujet du remplacement de la langue française par l’anglais dans l’enseignement à l’université qui est, selon lui, tranchée définitivement, suscite des appréhensions chez les enseignants du même secteur.

MezhouraSalhi, docteur en histoire et enseignante à l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou (UMMTO), estime que «le français n’est pas un handicap pour le développement de notre pays. C’est la mauvaise qualité de l’enseignement qui bloque toute initiative allant dans le sens d’améliorer les choses.

Apprendre plusieurs langues est important, mais introduire l’anglais de manière brusque pour remplacer le français peut engendrer des conséquences sur le travail au sein des universités, car il y a beaucoup d’enseignants qui se sont adaptés au français.

Je suis pour l’introduction de l’anglais mais de manière progressive, c’est-à-dire, dès le primaire pour permettre à l’enfant d’être bien préparé afin de suivre son cursus scolaire et universitaire sans difficultés», a-t-elle ajouté. De son côté, BoukhalfaLaouari, enseignant chercheur au département d’anglais, à l’UMMTO, a souligné, dans une vidéo postée sur sa page facebook, que le français fait partie de la nature de l’Algérie pos-tcoloniale qui prône l’altérité l’hybridité.

«Il me semble que si la volonté est de brûler les étapes et aller de l’avant et vers la modernité en choisissant l’anglais, cela aurait pu être compréhensible, mais il me semble que c’est un petit peu idéologique et même politique parce que le français est une culture qu’on ne peut pas dépasser.

Il fait partie de la nature de l’Algérie post-coloniale qui prône l’altérité l’hybridité. Il en est de même pour le tamazight qui est une langue ancestrale qu’on ne peut pas nier et essayer de l’occulter relève d’une violence symbolique et terrible», a-t-il expliqué.

Le même universitaire ajoute que «le post-colonialisme ne doit pas être compris dans les limites temporelles du préfixe post parce que quand on dit post-colonial, on comprend ce qui est venu après la colonisation mais la colonisation n’est jamais finie. On est toujours colonisé quelque part, idéologiquement, culturellement et économiquement. On a irrité de la France et du monde francophone tout ce qui est bon et tout ce qui est mauvais», a-t-il précisé.

Dans le même ordre d’idées, BoukhalfaLaouari a, tout en développant la philosophie de la post-colonialité et son importance dans le contexte algérien, indiqué que «l’Algérie post-coloniale doit reconnaître que l’arabe, l’islam, l’amazighité et la francophonie doivent exister en symbiose dans notre pays. Le post-colonialisme ne prêche pas l’antagonisme.

Au contraire, il prêche le dialogisme. La post-colonialité, on ne la choisit pas, on la subit. On peut panser l’histoire mais, on ne peut pas changer les événements de l’histoire. L’Algérien doit reconnaître sa nature multiculturelle», a déclaré le même chercheur.

Les étudiants que nous avons interrogés aussi sur la déclaration du ministre de l’Enseignement supérieur et la Recherche scientifique sur le remplacement de l’anglais par le français s’interrogent sur les motivations de cette déclaration qui intervient, ont-ils estimé, dans un contexte particulier.

«Je ne sais pas pourquoi faire ce genre de déclarations par un ministre d’un gouvernement en fin de mission, si ce n’est pour faire de la diversion alors que la rue demande carrément le départ du système», a martelé un étudiant en génie civile. «Ces déclarations ont une portée beaucoup plus politique, alors que la priorité est de répondre aux préoccupations des étudiants», ajoute un autre.



https://www.elwatan.com/pages-hebdo/etudiant/les-apprehensions-des-universitaires-10-07-2019