el watan - Ouargla : Abdellah Benazouz. Enseignant d’italien à Ouargla : «Transmettre aux élèves l’amour de la langue»

Samedi, 02 Novembre 2019

Imprimer

Cette année, deux brillants bacheliers de Ouargla ont entamé des études de langue italienne à l’université Badji Mokhtar de Annaba où ils ont attiré l’attention des enseignants sur une expérience inédite dans le sud du pays. Un jeune enseignant, diplômé de cette même université de l’Est, alors qu’il n’existait pas de classe dédiée à l’italien à l’époque, expérimente depuis quatre ans une approche de la didactique de la langue italienne qui donne des résultats très encourageants.

Abdellah Benazouz, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a en effet réussi à valoriser la culture locale et l’expression en langue italienne des us et coutumes, parvenant même à intégrer dans sa classe deux cavaliers de la fantasia. Après avoir travaillé plusieurs années comme interprète au sein d’une firme pétrolière italienne, Abdellah Benazouz, enseigne actuellement au lycée Larbi Kouider de Ouargla où il supervise la première classe d’italien de la branche langues étrangères. Il répond aux questions d’El Watan étudiant.

 

Propos recueillis par HouriaAlioua

 

Parlez-nous de votre expérience au sein de cette classe d’italien ?

C’est un projet qui m’engage personnellement. D’abord à cause de mon parcours, puisque j’ai choisi de me spécialiser en langue italienne par amour à ce pays, à son football, à sa culture et à sa mode en particulier. J’adore les langues et rien, en fait, me prédestinait à créer la première classe d’italien au lycée, car il n’y avait aucune plate-forme ou indicateur objectif pour réaliser ce projet. La passion était le maître mot de cette courte expérience et c’est ce que j’essaye de transmettre à mes élèves depuis quatre ans : l’amour de la langue, la maîtrise de l’apprentissage, l’adoption par la culture, la cuisine, l’art de la table, la mode, le sport. Ce sont autant de sujets qui passionnent des dizaines de filles et de garçons qui découvrent, à travers moi, une langue qu’ils peuvent maîtriser et qui peut changer le cours de leur vie. C’est mon empreinte personnelle et la leur, en fin de compte. D’où les résultats encourageants réalisés jusqu’ici.

Quelle est donc cette méthode qui fait briller les yeux de vos élèves ?

Principalement, c’est de traiter l’élève en tant qu’entité à part entière, dans le respect de ses idées, de sa vision en tant qu’apprenant qui a sciemment choisi une langue inhabituelle dans son milieu, comparativement au français qui pose déjà problème dans nos contrées, et à degré moindre l’anglais mieux accepté. A mon avis, il est injuste de traiter nos étudiants de manière «pragmatique», dans le sens où nous les jugeons sur la base d’une note ou d’une moyenne. Cette vision ne porte aucun préjudice au niveau scolaire et aux connaissances cumulatives, car l’objectif est d’assurer de bons résultats à nos enfants. Mais j’estime que cette finalité ne peut être atteinte sans une forte relation entre l’enseignant et l’élève, qui doit être fondée sur des relations de respect mutuel et d’équité. Pour ma part, ça passe impérativement par un rapprochement avec l’élève, la connaissance de son environnement, de ses points forts et de ses faiblesses, afin d’en sortir le meilleur et l’aider à connaître sa voie. D’où le choix d’une méthode innovante de transmission de l’information à l’apprenant par l’apprentissage interactif, qui est le moyen le plus efficace de communiquer, puisqu’il dépend principalement de l’implication de l’apprenant dans le processus d’apprentissage, dans une dynamique étudiée qui le sort de la routine des leçons classiques. Aussi, pour sortir des pratiques ennuyantes, il faudrait diversifier les modes d’approche, en usant des nouvelles technologies et du monde virtuel pour transmettre de nouvelles idées et ancrer un mode d’apprentissage qui améliore la maîtrise de cette nouvelle langue au lycée.

Quels sont les résultats préliminaires de cette expérience ?

Les résultats de la première cohorte de bacheliers de la classe de langues étrangères avec l’italien pour option en 2018 ont été globalement satisfaisants, puisque le taux de réussite a atteint les 50%. C’est un très bon score par rapport aux résultats des années précédentes. Il s’agit d’une avancée remarquable pour notre lycée et le point distinctif est le résultat des élèves de langue italienne à l’examen du baccalauréat, qui était à 100% supérieur à la moyenne, soit des notes allant de 10 à 18/20, ce qui a renforcé les chances de réussite au bac. Nous sommes fiers d’avoir réalisé cette prouesse, d’autant plus que l’année suivante a été historique, avec l’inscription des deux majors de notre classe en licence d’italien, à l’université Badji Mokhtar, de Annaba, et les premières impressions sont très positives sur le niveau de maîtrise de ces étudiants, en l’occurrence Faradji Maria qui a terminé l’année avec un 12,52, et FentizSaber avec 12,02. C’est le couronnement des efforts fournis durant toutes ces années et la preuve que nous pouvons obtenir de très bons résultats scolaires, y compris en langues étrangères dans les wilayas du Sud, pour peu qu’un environnement favorable et un climat de confiance soient instaurés.

 

https://www.elwatan.com/pages-hebdo/etudiant/abdellah-benazouz-enseignant-ditalien-a-ouargla-transmettre-aux-eleves-lamour-de-la-langue-30-