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el watan - Ouargla : Formation et recherche en agronomie : Les universitaires réclament une stratégie claire

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Le séminaire national sur la formation et la recherche dans le domaine de l’agronomie (Senafora), organisé par l’UKM Ouargla les 26 et 27 novembre dernier, à Touggourt, a mis l’accent sur une réalité peu reluisante de l’état des lieux de l’agronomie en Algérie. Des réformes impératives ont été préconisées dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie de sécurité alimentaire du pays.

Désaffection

Ainsi, le Pr Hakim Senoussi, enseignant chercheur à l’université de Ouargla, a constaté que la pluralité de tutelles (MESRS, MADRP et MFEP), l’absence de coordination entre les secteurs de la formation et le secteur de l’emploi et du travail et l’inadéquation des dispositifs existants entre la formation agronomique et le marché de l’emploi ont eu pour conséquence l’inexistence de politique de formation agricole globale cohérente, suffisamment lisible et clairement visible.

Dans une conférence d’ouverture de diagnostic, le Pr Senouci a décortiqué un par un les segments conduisant à la défaillance de la formation agronomique en Algérie, affirmant que ce sont les élèves éliminés dans les différents paliers de l’enseignement qui optent, en dernier ressort, pour les établissements de formation agricole. Selon lui, les bacheliers choisissent rarement la filière agricole comme premier choix et les formations qualifiantes (opérationnelles) adaptées, favorisant l’insertion réelle du produit formé sont fortement insuffisantes.

Il ressort aussi que les agriculteurs et ouvriers agricoles ne se présentent pas en masse aux formations qui leur sont dédiées et l’enseignement supérieur se trouve aujourd’hui face au défi de la professionnalisation, de l’employabilité et de l’insertion professionnelle. D’où la proposition concrète d’un nouveau dispositif du processus de formation agronomique avec une assise pyramidale de la formation agronomique, du collège au lycée agricole, vers le centre, l’institut ou l’école agricole.

Spécialisation

Benaradj Abdelkrim, enseignant au centre universitaire Salhi Ahmed de Naâma, a présenté un bilan d’étape de la création d’un master en agropastoralisme, au département des sciences de la nature et de la vie, au profit des étudiants de Naâma, El Bayadh, Laghouat, Djelfa et M’sila, afin d’acquérir et de valoriser les potentialités de la steppe algérienne et de contribuer au développement et à la promotion agropastorale de ces régions arides où l’agropastoralisme concerne, à la fois, l’agriculture et l’élevage et représente un enjeu économique et social majeur.

L’expérience a permis de former 67 étudiants en quatre ans et les retombées attendues concernent d’une part la formation de futurs formateurs, qui intéresseront l’enseignement en général, et d’autre part la formation de cadres scientifiques pour les centres de recherche ou les centres de formation professionnelle, en particulier le secteur agropastoral. Benaradj a proposé de créer un pôle d’excellence avec un institut national d’agropastoralisme, une école doctorale thématique et la conception de projets avec des perspectives d’ordre organisationnel.

Coopération

Sous-directeur de la formation au ministère de l’Agriculture, Ould Youcef Hamid a, quant à lui, mis l’accent sur la mise en place, en 2009, du programme de renforcement des capacités humaines et d’assistance technique (Prchat) dont l’évolution à travers des notes de cadrage a permis de donner les orientations nécessaires pour faire face à l’évolution des besoins en formation et accompagner la dynamique des territoires, selon l’orateur.

Là où les chercheurs ont pointé un dispersement et une pluralité des structures où se perdent les prérogatives et les objectifs, Ould Youcef voit au contraire un réseau de structures de recherche et développement et de formation qui couvrent les principales vocations du pays spécialisées dans les différents domaines, selon la région d’implantation.

Ces structures ont une vocation régionale et nationale et des traditions de formation et d’appui technique avérées, puisque certains établissements datent des années 1920, tels que les établissements de formation de Guelma et de AïnTémouchent. Le représentant du ministère affirme que le nombre global de cadres, agriculteurs, jeunes porteurs de projets, s’élève à 531 512, tandis que le nombre de participants aux séminaires, ateliers et journées techniques affiche quelque 118 870. Le nombre de bénéficiaires de formations pointues à l’étranger est, quant à lui, de 5500.

En matière de mesures pour maximiser le transfert des acquis de la formation et de la recherche, Ould Youcef a exposé les programmes et projets de coopération développés avec l’Union européenne, le projet pôle agricole intégré avec la Banque mondiale et le projet d’appui technique au programme de création de nouvelles exploitations agricoles et d’élevage avec la banque africaine de développement qui visent l’implication des professionnels dans une démarche participative mobilisant leurs savoirs et savoir-faire, afin d’entraîner des dynamiques d’adaptation et de mise en pratique des innovations produites par l’université et les laboratoires de recherche.

Propositions

Les chercheurs présents à Touggourt n’en démordent pas. Ils pointent des contraintes réelles entravant le développement d’une formation et d’une recherche scientifique agronomiques en symbiose avec les besoins de l’Algérie.

Ainsi, citant l’exemple de la camélologie, le Pr Abdelkader Adamou indique que dans une étude bibliométrique réalisée en 2000, l’Algérie n’apparaissait même pas dans le classement des pays par leur nombre de publications dans le champ de la camélologie, à cause des spécificités de l’espèce, du manque de fiabilité des résultats, mais surtout à cause de l’absence d’un programme camelin dans les activités des instituts de développement tels que les Itdas et Itelv, et de recherche comme l’INRA et le Crstra, avec une absence partielle ou totale du module camelin dans le cursus des zootechniciens ou vétérinaires.

Les mémoires de master et thèses de doctorat, quant à eux, ne dépassent pas les 225 dans la filière cameline, dont 102 à l’université de Ouargla où 80% des thèmes de magister «élevage en zones arides» et doctorat «production animale» sont orientés vers la camélologie et 90% des thèmes de doctorat de production animale consacrés au dromadaire, renforcés par des projets spécifiques tel le projet EuranetMedCamed.

Des projets menés difficilement, en l’absence d’un laboratoire du camelin, l’interdiction d’acquisition de l’animal objet de la recherche et l’obligation de recours aux éleveurs. Au chapitre des recommandations, le séminaire a mis l’accent sur la nécessité d’une coordination intersectorielle.

Partant du principe que le système ksourien a prouvé sa durabilité, pourquoi ne pas le ré-adopter dans ses zones naturelles ?, s’étonnera le Pr AzeddineIdder. La sécurité alimentaire étant le défi de l’heure, le Pr FattoumLakhdari, présidente de la commission veille du séminaire, a souligné qu’il faut à tout prix des mesures incitatives pour plus d’attractivité de la filière agronomique à caractère stratégique, notamment en réinstaurant le système des présalaires, des précontrats, ou encore les prêts bancaires bonifiés pour la formation et l’insertion professionnelle.

Aligner la formation agronomique au système classique, vu les dysfonctionnements du LMD, notamment l’inadaptation du calendrier de la formation dans ce système au cycle phénologique d’une espèce fruitière à titre d’exemple. Révision de la nomenclature du diplôme d’agronome et sa valorisation en une filière stratégique puisque la sécurité alimentaire est la première priorité du pays, au vu de la diminution du nombre de formés dans la filière et de tous les secteurs connexes.

Pour les difficultés de la recherche scientifique, particulièrement le transfert des résultats, les participants ont préconisé la valorisation des travaux répondants aux priorités du secteur et les brevets obtenus qui attendent depuis des années dans les laboratoires, à travers la mise en place de dispositifs de transfert des produits de la recherche et d’échange pour plus de visibilité et de lisibilité et de l’adaptation des procédures de la recherche au profit de ceux qui travaillent dans le domaine du vivant.

Levée des faiblesses de l’implication des partenaires socioéconomiques, un travail d’identification des thématiques de recherche, moyennant paiement des brevets et surtout leur transfert proprement dit avec un redéploiement de la stratégie de communication et de veille du secteur et enfin, nécessité d’une réelle organisation et de coordination à tous les niveaux.

 

https://www.elwatan.com/pages-hebdo/etudiant/formation-et-recherche-en-agronomie-les-universitaires-reclament-une-strategie-claire-04-12-2019